CDI-W Lyon : Isabell Werth fait résonner la dynastie Weihegold dans le Freestyle
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Samuel Benibre
10/30/20263 min read
Le hall d'Eurexpo affichait complet ce vendredi pour le Grand Prix Freestyle présenté par FFE GENERALI. Entre démonstrations d'harmonie, passages de relais généalogiques et prises de parole engagées pour le bien-être animal, la piste lyonnaise a une nouvelle fois servi de révélateur aux enjeux du dressage moderne.
Isabell Werth et Viva Gold : l'héritage d’une dynastie au service du mouvement
Cinq ans après la dernière victoire internationale de la légendaire Weihegold OLD sur cette même piste, c'est son petit-fils, Viva Gold OLD, qui a porté Isabell Werth vers son huitième sacre lyonnais. Du haut de ses dix ans, l'alezan brûlé a étalé une élasticité et une aisance naturelle impressionnantes dans le rassembler (noté jusqu’à 8,7 au piaffer et au passage), signant un nouveau record personnel à 87,890 %.
Si la maîtrise technique de la multi-médaillée allemande reste indiscutable, le regard des passionnés se porte aujourd'hui tout autant sur la sérénité affichée par les montures dans des environnements très sous tension. Évoluer devant des tribunes bondées exige un cheval serein et disponible, complice de son cavalier plutôt que contraint. Sur ce plan, le jeune étalon aura montré une maturité prometteuse pour la suite de sa carrière.
"L’ambiance était électrique. Je ne savais pas trop comment il allait réagir car ce sont ses premiers pas à ce niveau, mais il s'est montré très concerné. C'est incroyable de voir l'engouement du public pour notre discipline."
Écouter son cheval avant tout : la lucidité de Justin Verboomen et Larissa Pauluis
Vainqueurs du Grand Prix la veille avec une reprise portée sur la décontraction extrême et une main d'une rare légèreté, Justin Verboomen et Zonik Plus ont dû se contenter cette fois de la deuxième place (85,810 %). Moins relâché que le jeudi, l'étalon noir a manifesté de la tension, concédant quelques fautes de rythme dans le piaffer et un désaccord de timing avec la musique.
Plutôt que d'incriminer sa monture ou de forcer le contact, le numéro deux mondial a fait preuve d'une grande bienveillance et d'une lucidité remarquable. Une démarche exemplaire qui rappelle que le cheval reste un être vivant sensible, sujet aux émotions et à la fatigue :
"Je suis venu à Lyon pour profiter. En entrant en piste, j’ai senti Zonik un peu plus ému que jeudi. Je l’ai laissé faire et j’ai eu plus de mal à trouver la connexion idéale pour garder son dos souple. Je manque moi-même d’expérience et je dois continuer d'apprendre pour mieux l'accompagner. Mais je reste profondément fier de lui."
À la 3ᵉ place (80,530 %), Larissa Pauluis et son fidèle Flambeau (16 ans et demi) ont confirmé la belle dynamique belge. Si le hongre a brillé par la qualité de son piaffer, l'analyse éthique incite à observer une attitude parfois un peu trop enfermée sur l'avant-main, soulignant le perpétuel défi d'allier stabilité du contact, nuque haute et ouverture du chanfrein.
La bientraitance au cœur du terrain : respecter le rythme et le mental des athlètes
Cette étape lyonnaise a également mis en lumière la responsabilité des cavaliers face à l'intégrité de leur partenaire. Outre la première expérience positive de la jeune Française Alizée Roussel (13ᵉ avec 72,875 % sur un Bel Amour canalisé malgré le stress de l'événement), la prestation d'Alexandre Ayache (12ᵉ avec 73,340 %) a soulevé des questions essentielles sur le bien-être au travail.
Confronté à un problème de vitesse de bande sonore qui accélérait la cadence de sa jument Ruling Olivia, le cavalier provençal s'est retrouvé à devoir précipiter son tracé. Avec le recul et le sens du respect dû à l'animal, Alexandre Ayache portait un regard très autocritique sur sa gestion de la piste :
"Ma musique allait beaucoup trop vite. De fait, j’ai dû tout précipiter en coupant mes courbes. Avec le recul, j’aurais dû m’arrêter. C’était injuste pour ma jument de lui imposer une telle précipitation et de lui demander cela."
Un rappel salutaire : face à un incident technique ou à une gêne, la préservation du cheval et le respect de son rythme doivent toujours prime sur le résultat brut.
Vers un dressage d'avenir : éthique, complicité et tribunes pleines
Le président du jury Raphaël Saleh et la présidente de GL events Equestrian Sport Sylvie Robert se sont félicités du succès populaire de l'événement. Mais au-delà de la fête du sport, l'avenir du dressage dépendra de sa capacité à placer la bientraitance animale au centre des critères de jugement : rechercher un contact toujours plus doux, bannir toute contrainte excessive et favoriser une équitation où l'expression du cheval découle de la joie d’effectuer l'exercice et non de la pression.
