Coupe du monde Longines FEI à Lyon : Julien Épaillard au sommet d’un barrage d'exception, entre virtuosité et exigence d'harmonie

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Samuel Benibre (avec communiqué)

11/1/20264 min read

Épreuve reine du Longines Equita Lyon, la Coupe du monde Longines FEI a offert dimanche après-midi un dénouement époustouflant sur la Carrière Internationale d'Eurexpo. Vainqueur en 2022, deuxième en 2023 et 2025, le « Flying Frenchy » Julien Épaillard a une nouvelle fois fait chavirer les tribunes lyonnaises. Aux rênes d’un sensationnel Le Coultre de Muze, le Normand s'impose pour seulement trois centièmes de seconde face au numéro un mondial allemand Richard Vogel (Cloudio), tandis que le Suisse Édouard Schmitz (Gamin van’t Naastveldhof) complète ce podium d'élite.

Au-delà de la victoire et du chronomètre, ce Grand Prix à 1,60 m aura une fois de plus mis en lumière la subtilité des tracés de haut niveau : un tracé où la vitesse pure ne prend tout son sens que lorsqu'elle s'articule autour du respect de la biomécanique du cheval et de la sérénité du couple.

Un tour initial sélectif et des arbitrages délicats

Proposé par le chef de piste espagnol Santiago Varela Ullastres, le parcours initial (14 obstacles, 17 efforts, temps imparti de 79 secondes) présentait un défi technique fluide et mesuré. Quatorze des quarante duos au départ sont parvenus à déjouer les pièges d'une piste sélective sans jamais être punitive.

Pour autant, plusieurs favoris ont manqué le coche. Le tenant du titre Olivier Perreau et GL events Dorai d’Aiguilly quittent la piste avec 8 points. Même sanction pour Steve Guerdat et Albfuehren’s Iashin Sitte. La jeune garde tricolore a elle aussi frôlé la qualification, écopant d'une faute au compteur : Nina Mallevaey (Dynastie de Beaufour), Antoine Ermann (Floyd des Prés) et Mégane Moissonnier (Glamour du Lys). Dans le cas de Mégane Moissonnier, ce parcours à 4 points vient valider la stratégie responsable observée tout au long du week-end, consistant à préserver son jeune étalon sans jamais brusquer sa progression mentale ni sa préparation physique.

Un barrage d'anthologie : l'art d'aller vite en toute décontraction

Avec quatorze barragistes au départ, la bataille pour le chronomètre s'est engagée sur des bases très élevées, mais sans départir les meilleurs cavaliers d'un souci constant d'équilibre et de fluidité.

Ouvreur de ce second acte, le double vice-champion du monde belge Thibeau Spits a offert une prestation d'une qualité remarquable avec Impress-K van’t Kattenheye*Z. En signant le tout premier double sans-faute en 41’’50 (6e), le jeune prodige belge a gratifié le public d'une monte absolument formidable d'élégance, de calme et de justesse. Loin de toute précipitation désordonnée, son tracé fluide et sa main toujours disponible ont illustré à merveille comment aborder un barrage de niveau Coupe du monde avec une décontraction et un respect total du rythme de sa monture.

La cadence n'a ensuite cessé de s'accélérer. Le Néerlandais Willem Greve sur Party In de Hus s'empare de la 5e place (41’’30). Le jeune Suisse Édouard Schmitz a ensuite fait monter la pression d'un cran en abaissant le temps sous la barre des 40 secondes avec son fidèle Gamin van’t Naastveldhof (38’’31, 3e), signant une prestation modèle où l'impulsion n'a jamais dégradé la légèreté du contact. Son compatriote Martin Fuchs, quant à lui, a manqué la victoire après une faute de Lorde sur l'oxer CWD (38’’48, 9e), illustrant à quel point la moindre perte de rectitude en virage se paye immédiatement.

Mais le sommet de la démonstration est venu des deux hommes les plus rapides du circuit mondial. S'élançant avec un Le Coultre de Muze disponible et d'une remarquable amplitude, Julien Épaillard a déroulé un barrage fluide, ajustant ses foulées sans altérer le dos ni l'équilibre de sa monture, pour couper la ligne en 38’’17.

"J’ai eu un peu de chance sur le premier tour, mais il en faut. Au barrage, Le Coultre a été fantastique. Je n’ai pas fait exactement ce que j’avais prévu, j’ai ajouté une foulée entre le numéro 1 et le numéro 2 ainsi que dans la dernière ligne, mais ça a suffi pour que je gagne. C’est toujours agréable de voir qu’on est compétitif et de constater que le cheval évolue dans une telle sérénité." — Julien Épaillard

S'élançant juste après le Normand, le numéro un mondial Richard Vogel et l'explosif étalon gris Cloudio ont tout donné pour répliquer. Malgré une démonstration de puissance et un tracé tendu, une trajectoire légèrement élargie après le double de verticaux l'amène à rajouter une foulée, arrêtant le chrono à 38’’20 — soit trois minuscules centièmes de retard.

"Je suis vraiment heureux de mon cheval, qui fait preuve d’une régularité remarquable. En entrant en piste, je pensais pouvoir m'imposer, mais après le double, j’ai voulu passer un peu à l’extérieur pour garder du rythme, ce qui m’a fait faire huit foulées au lieu de sept. Avant même de franchir le dernier obstacle, je savais que je ne battrais pas Julien !" — Richard Vogel

Dernier à partir, le Britannique Ben Maher a scellé ce classement d'exception en signant un double sans-faute en 38’’63 aux rênes de Point Break, synonyme de 4e place.

Une réussite sportive au service d'une éthique globale

Saluant la prestation des cavaliers et le travail de son chef de piste, Sylvie Robert, présidente de GL events Equestrian Sport, est revenue sur les conditions d'organisation qui permettent de conjuguer haute performance et respect de l'athlète équin :

"Félicitations à notre chef de piste Santiago Varela Ullastres pour la qualité de ses parcours, toujours très respectueux des chevaux, fluides, avec ces quelques petites fautes qui font toute la différence. Quel régal pour le public de voir que tout se déroule dans les meilleures conditions et sur un sol d'exception qui préserve les organismes tout en permettant de réaliser d'aussi beaux chronomètres."

En venant s’imposer sur la piste d'Eurexpo avec la manière, Julien Épaillard confirme l'excellente entente qu'il développe avec Le Coultre de Muze. Mais au-delà du trophée, c'est bien l'image d'un saut d'obstacles moderne, fondé sur la complicité, le timing juste, la monte harmonieuse de cavaliers comme Thibeau Spits et l'écoute du partenaire équin, qui s'impose comme la plus belle victoire de ce week-end lyonnais.

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Le Mag'Equestre

Journaliste

Samuel Benibre